l'indonésie est un pays immense qui mérite plusieurs passages pour rendre un minimum justice à la diversité des cultures qu'on y retrouve. un an après, j'y suis retourné et je me suis cette fois concentré sur la partie la plus australe de l'archipel, à savoir la papouasie. un peu de géographie avant toute chose: l'île de nouvelle guinée se situe au nord de l'australie et est administrativement divisée en deux: la papouasie-nouvelle guinée, indépendante et anglophone à l'est; et la papouasie occidentale appartenant à l'indonésie, à l'ouest. c'est en papouasie occidentale que je me suis rendu.
la première chose qui frappe le voyageur, ce sont les papous eux-mêmes. leur morphologie n'évoque en effet pas l'asie du sud-est, même aux rêveurs les plus créatifs. à vrai dire, l'environnement rappelle plus l'afrique de manière générale. les papous sont de type mélanésien, donc noirs, ont les cheveux crépus et des traits marqués. certains peuvent au premier abord sembler menaçants (sans vouloir déterrer un quelconque néo-colonialisme enfoui), mais cette idée est vite balayée quand on leur sourit et que leur visage s'éclaire en un instant. néanmoins, pour en avoir croisé quelques-uns sous l'effet de l'alcool, on se dit qu'ils peuvent très vite devenir violents, et là ça doit faire mal (le papou est costaud). c'est d'ailleurs très difficile de trouver de l'alcool à wamena par exemple, ceci expliquant peut-être cela.
voyager en papouasie nécessite également de prendre en compte la situation politique régionale et les troubles qui sont régulièrement enregistrés sur l'île. beaucoup de papous voudraient une papouasie unifiée et indépendante, ce qui n'est pas trop du goût du gouvernement indonésien, principalement pour des questions économiques. en effet, l'île possède la plus grande mine d'extraction d'or au monde, la mine de grasberg, qui rapporte un pactole à l'indonésie mais dont seule une petite partie est redistribuée à la papouasie. cette mine est devenue un symbole de la protestation politique papoue, et il n'est pas rare de constater des affrontements violents entre habitants et forces de l'ordre, qui peuvent alors vite dégénérer.
au niveau touristique, la papouasie connaît depuis quelques années un léger essor. pour tordre le cou à des idées préconçues, il est bien loin le temps où on pouvait y croiser des sauvages n'ayant jamais vu de blanc. on y croise encore des gens habillés en tenue traditionnelle, surtout des personnes âgées (j'y reviendrai), mais les jeunes préfèrent les maillots du fc barcelone au pagne.
le coeur de mon voyage en papouasie fut la vallée de baliem, située quelque part au centre du pays et accessible uniquement par avion. et quel avion! un vieux coucou dont les sièges se détachent si on tire trop fort dessus (!) et qui a l'air aussi bien entretenu que les toilettes d'une aire d'autoroute de mâcon en période estivale. ajoutez à cela une piste d'atterrissage sans trop de restrictions d'accès et située en plein centre-ville (une petite ville, certes, mais quand même) et on comprend vite qu'on n'est pas très loin du bout du monde. malgré ce qu'on pourrait penser, tout n'est pas bon marché ici (par rapport aux standards indonésiens), ce qui est justifié par le fait qu'on doive tout acheminer par avion. excuse peu crédible pour certaines prestations, les chambres d'hôtel par exemple... bref, on a clairement décidé de profiter du tourisme dans la région!
pour satisfaire les touristes qui veulent voir des papous habillés en tenue traditionnelle, un festival est organisé tous les ans. toute la région s'y retrouve: les hommes ressortent leur étui pénien et leur os de cochon à insérer dans le nez, tandis que les femmes époussettent leur pagne. rien d'autre puisque tout le monde est quasi nu. on se peinturlure quelques dessins sur le corps au pepsodent (véridique) et tout est prêt pour 2 journées de fête incluant danses, simulations de combats etc. à vrai dire j'avais un peu peur d'assister à un cirque touristique navrant, mais j'ai été agréablement surpris par la candeur des participants. on sent très vite que les gens sont fiers de leurs origines et voient ce festival comme une opportunité de prolonger leurs traditions, de retrouver leurs racines et de montrer aux nouvelles générations comment c'était avant. le plus navrant dans l'histoire, ce fut selon moi l'attitude de certains touristes photographes qui se croient au zoo et qui mitraillent à tout va les participants sans rien demander, sans sourire, sans humanité, armés de leurs deux boîtiers, téléobjectif et moult accessoires contrastant avec la pauvreté des indigènes qu'on parque en-dessous des tribunes réservées aux officiels et aux touristes.
ci-dessous un diaporama de mon compte flickr que je vous conseille de visionner en plein écran:
nonobstant le festival, tout qui veut découvrir un minimum de la culture locale se doit d'organiser un trek dans la vallée et les montagnes qui l'entourent. je suis parti 5 jours avec philippe (un baroudeur français rencontré sur place), usman (un guide sans chaussures) et un porteur (bien nécessaire vu la quantité de nourriture nécessaire pour cette expédition). les paquets de cigarettes ne manquaient pas non plus... la partie randonnée du trek n'était pas très difficile, par contre les conditions d'hébergement étaient un peu plus délicates à appréhender vu que la plupart des couches consistaient en une couverture moisie posée sur le sol en paille tressée. pour éviter les puces et autres bébêtes qui grouillent forcément au niveau du sol, nous avons donc dormi sur des bancs d'école en bois massif! mal de dos garanti le lendemain.
le moment fort du trek fut le mariage auquel nous avons pu par chance assister! nous étions dans le village du marié, où toute la population locale se rassemble et prend part à la grande recette ancestrale: on creuse un grand trou, on y dépose des pierres préalablement chauffées dans un bûcher, on y dispose les patates douces puis les carcasses de cochons préalablement tués à l'aide d'un arc à flèches (!), on recouvre le tout de feuilles et on attend deux heures en chantant. et quels chants! pas un instrument en vue, uniquement des parties masculines et des parties féminines, parfois en canon, pour un résultat enivrant rappelant par moments les chants des moines tibétains.
une fois le tout déterré, on garde les patates et on pose le cochon sur une sorte de civière que la moitié des convives portent et escortent jusqu'au village de la mariée, de l'autre côté de la vallée! et peu importent la boue et le précipice, on n'hésite pas à courir pieds nus par portions, marquant une pause ici et là pour danser et chanter. incroyable... en face, chez la mariée, on fait la même chose, donc nous aurons du cochon pour ce soir, mais froid. après quoi les chants et danses reprennent de plus belle jusqu'au bout de la nuit, à la lueur d'un feu ou éclairé par la pleine lune, toujours sans instrument de musique et surtout sans alcool.
c'était un moment inoubliable que d'écouter ces chants venus d'ailleurs, au milieu de cette vallée superbe éclairée par un faisceau de lune. un moment qu'aucune photo ne parviendra à rendre aussi magique qu'il n'était, alors pour s'en rapprocher un peu, je vous ai concocté un petit diaporama des mes images préférées mis en musique à l'aide d'un des chants que j'ai enregistré durant cette journée folle, le tout en HD. comme si vous y étiez!
pour terminer, voici une dernière série de photos prises durant le trek et à wamena ou autour. en particulier, la photo qui ouvre la série (le vieil homme devant sa hutte) fut un moment fort, à grand coups de "wah wah" (mot papou passe-partout qui signifie aussi bien bienvenue que bonjour que merci) et de longues poignées de mains. j'étais avec morgane (autre voyageuse rencontrée sur place) quand on a vu ce personnage d'un autre temps sortir de sa hutte pour nous accueillir. malgré les apparences, il devait avoir environ 55 ans, ce qui est déjà vieux pour la région. notez le trou dans son nez qui permet de faire rentrer les os de cochon pour les cérémonies. une rencontre émouvante avec un personnage attachant qui n'était pas là pour plaire aux touristes. au final, je ne suis pas mécontent de mon voyage au bout du monde...
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