
alors bon, cette photo, il fallait bien que j'en parle un minimum après l'avoir vue apparaître non-stop ici et là pendant tout ce temps! je dois dire que je suis arrivé à un point de saturation avancé, mais d'un autre côté c'est sans doute l'extrait de mon travail photographique qui a été le plus diffusé et vu (sans que les gens ne sachent forcément qui en était l'auteur), donc je me devais de contextualiser sa prise de vue et ce qu'elle représente pour moi.
la personne sur la photo est bien une vraie geisha (pas une touriste grimée pour l'occasion). elle a été prise en avril 2010 à kyoto, dans le quartier de gion. en se baladant le soir dans ces rues, on croise de temps à autre des geisha (qu'on appelle geiko à kyotot) et maiko (apprenties geisha) qui se rendent dans les salons de thé. c'est un élément bien connu des touristes, rien de bien extraordinaire jusque là. j'avais déjà eu l'occasion de vous expliquer que le japon me faisait penser à un décor de cinéma géant (rappelez-vous), et je trouvais que ces ruelles sombres se prêtaient particulièrement bien à une reconstitution d'ambiance de film. pendant quatre soirs, j'ai donc arpenté ces rues et ruelles, cherché les meilleurs cadrages, repéré les endroits où les taxis déposaient les geisha, observé où les touristes ne se rendaient pas et attendu, beaucoup attendu. techniquement, il fallait également choisir un endroit suffisamment éclairé (ici par des lampions) pour minimiser les risques de flou vu les conditions de lumière difficiles. les 3e et 4e jours, il a plu, ce qui a permis de voir fleurir ces jolis parapluies traditionnels, mais a rendu l'attente encore moins agréable et la prise de vue un poil plus complexe.
dans ce genre de situation, vous imaginez que l'excitation monte d'un cran quand vient le moment d'appuyer sur le déclencheur... au moment où cette geisha s'est présentée devant moi, ma première réaction fut donc de pester contre ce taxi qui passait, puis j'ai réalisé la chance que ce taxi m'apportait puisqu'il ajoutait un élément de modernité et un peu plus de lumière. au niveau technique, il était en effet important de ne pas descendre trop bas dans la vitesse d'obturation: j'avais déjà choisi 1/90s et j'ai rapidement adapté l'ouverture de mon 50mm (mon objectif fétiche) à f/2.4 au lieu de f/2 (ce qui ne donne pas beaucoup de marge d'erreur en termes de focus). les gens qui ne sont jamais allé au japon ne le savent peut-être pas, mais les geisha ne sont pas exactement très avenantes avec les photographes, ne s'arrêtent pas et ne prennent clairement pas la pose... elles tentent surtout d'échapper aux touristes (généralement pas très finauds) qui les suivent d'un pas lourdaud et leur balancent un bon gros flash dans la tronche. il fallait donc ne pas se tromper de réglage afin de capter la scène dans tout ce qu'elle a de réel et de naturel. au final je suis plutôt content du résultat vu que je ne disposais pas d'éclairages de cinéma (juste le décor :-)).
par rapport au thème du concours (paysages urbains du japon), on m'a également questionné sur le choix de l'image. après de nombreuses tergiversations, j'ai sélectionné cette image car pour moi l'architecture urbaine ne se résume pas à des buildings modernes, à des monstres d'acier, de verre et de béton. kyoto est une ville moderne qui a su garder des éléments traditionnels dans son urbanisme, notamment dans ce quartier. la geisha retient l'attention bien sûr, mais on peut voir pas mal d'éléments urbains dans l'image (les fils électriques, l'éclairage public, le sol, le taxi, les immeubles dans le fond bleu). de plus, je voulais éviter de présenter une photo déshumanisée, car il est évident pour moi que l'urbanisme n'existe que par et pour les gens. je me doutais que pas mal de participants proposeraient une photo d'architecture (ce qui fut le cas au vu de la sélection), je voulais me démarquer de cela, donner un petit challenge au jury, proposer autre chose que les autres concurrents. bien sûr, dès qu'une geisha apparaît sur une image, on peut la ranger dans la catégorie des clichés, mais le fait de devoir présenter une et une seule photo limite la prise de risques. une série est sans doute plus simple à gérer dans ce contexte, et même si in fine le pari a réussi, je vous propose de (re-)découvrir une sélection de mes images préférées prises au japon lors de mon séjour de 5 semaines en avril-mai 2010, fraîchement uploadées sur flickr:
sachez enfin que je prépare une saké soirée (merci à claude pour le nom) ce jeudi 17 novembre à l'exit07 à luxembourg pour vous remercier de votre soutien. plus d'infos très vite sur facebook!
belle histoire .... belles photos .... :)
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